jeudi 5 juin 2008

-Le chemin...

Sur le chemin....


-Ma pratique de la dégustation est récente donc forcément limitée.J'ai beaucoup de difficultés à me hisser au niveau d'expérience de certains.Je suis admiratif de la précision avec laquelle quelques auteurs de blogs "décortiquent" l'esprit aromatique d'un thé...Oh bien sûr je suis capable de reconnaitre dans une tasse de Luanze oolong de haute montagne les parfums floraux qui s'en exhalent,son côté vif et d'apprécier son peu d'amertume;le fruité et la rondeur d'un thé de rocher ne m'échappe pas;le velouté et la sensualité du parfum d'un grand thé noir du yunnan ne m'indiffèrent pas,mais je n'arrive pas pour l'instant à me propulser plus loin.D'un autre côté ,je m'astreins aussi à rester dans l'instant comme si parfois réfléchir et disséquer allait un peu gâcher ma fête.Se contenter du présent,être satisfait,prendre du plaisir,beaucoup et encore, à boire de l'exceptionnel.
Par ailleurs,qui n'a pas été regardé au moins une fois comme un extra-terrestre après avoir avec un peu d'éloquence parlé de ses meilleurs thés à des non-initiés.Les sentiments que l'on peut lire sur les visages sont multiples:étonnement,bizarrerie,amusement,incompréhension à l'égard de conduites par trop orientalistes.



...on trouve parfois des difficultés.


Le thé est pourtant un instant magique et souvent solitaire propice à la réflexion et au retour sur soi.La cérémonie du Gong Fu Cha est d'inspiration taoïste et même si elle n'est pas excessivement codifiée doit certainement obéir à quelques principes (maîtrise de soi, du geste et du temps).De plus,et cela semble une évidence,la notion de recherche esthétique et d'élégance me semble primordiale(cf nombreux cha xi présents sur les blogs).Cependant ma pratique du taoïsme est limitée (plutôt proche du zéro absolu)et j'attends de votre part, amis lecteurs,des commentaires instructifs et éclairés sur vos pratiques thé-ologiques.Je pense quand même que beaucoup seront d'accord pour penser que la pratique du Gong Fu Cha nous pousse tous au recueillement et au perfectionnisme.Est- ce là qu'est le tao?

14 commentaires:

Bruno a dit…

Juste pour dire que j'admire le tunnel végétal de la première photo.
Tu l'as prise où et quand ?

Philippe a dit…

+ 1

ginkgo a dit…

on dirait une illustration de conte fantastique ! c'est près de chez toi ?
ps : le film Tigre et Dragon est aussi parmi mes préférés.

T.alain a dit…

-@Bruno,philippe et ginkgo
le "tunnel végétal"est une photo que j'ai faite cet automne tout près de Cherbourg,un jour de soleil (rare chez nous en cette saison...)Toute la verdure de la Normandie.Je suis sûr que certains d'entre vous on senti comme une odeur de puerh sur cette photo....

Bruno a dit…

C'est bien ce que je pensais et que j'ai écris dans un commentaire du blog de Thomas, nous sommes bien à nouveau en automne.

LIO a dit…

"Je pense quand même que beaucoup seront d'accord pour penser que la pratique du Gong Fu Cha nous pousse tous au recueillement et au perfectionnisme.Est- ce là qu'est le tao?"

Pour ma part je ne suis pas d'accord. Tu touches là aux lieux communs qui gravite autour de l’idée floue et exotique du tao. L'attention ou la concentration sont des épiphénomènes et non le centre vers lequel tout buveur converge, attiré par un sorte de magnétisme magique.

En ce qui concerne la dimension de perfectibilité que semble pour toi véhiculer la pratique du GFC, j'y vois une lecture judéo chrétienne sincère, mais un peu ignorante. Notre éducation, notre imprégnation culturelle nous offre des outils utiles à se représenter le monde, à le conceptualiser et le créer. Deux personnes issues de la même culture auront une base similaire à partir de laquelle partager, échanger et comprendre.

En s'intéressant à des pratiques issues d’autres civilisations, comme on le fait en s'abîmant dans l'univers du thé chinois, nous abordons une conception et une construction diamétralement différente de la nôtre. C’est ce qui rend la chose magnifique et périlleuse à la fois. De fait, nos outils ne nous permettent plus une lecture correcte, notre vision est comme déformée. On pourrait comparer cela au fait de passer d'un environnement gazeux à un environnement liquide. Hors de l'eau notre vision est claire et précise. Une fois la tête sous la surface, tout se trouble. Les droites deviennent courbes, les couleurs sont modifiées etc. L'outil se révèle parfait dans un cas et inadapté dans l'autre.

Aussi, approcher une autre culture est assez long et peu évident, car, au fond, nous devons développer de nouveaux outils adapté au contexte.

Pour en revenir à la notion de perfectibilité, le tao tout comme le dharma ne nous montrent pas un chemin qui serait à l'image d'une tuile qu'il faudrait polir afin d'en faire un miroir. L'image serait plutôt celle d'une porte à ouvrir sur un jardin. Sortir de la chambre close et étouffante dans laquelle nous séjournons depuis bien longtemps en suivant un processus progressif qui nécessite aucun changement radical, aucun travail à parfaire. Tout est déjà parfait, même ou surtout ce qui nous semble imparfait. Il s'agit donc de découvrir qu’il n’y a rien à changer, à modifier, à forcer, dès lors que l’on repose dans le jardin, la nature primordiale de toute chose.

Un article très intéressant en tous les cas. Au plaisir de te lire.

T.alain a dit…

@Lio
Je ne suis ni un historien,ni un philosophe,ni un penseur mais....

J'ai une fascination pour la Chine et afin d'essayer de la comprendre j'ai "attaqué le morceau" par son coté historique.On y apprend beaucoup de choses:des faits sanglants,des empereurs,des administrations et des fonctionnaires,des dynasties,des guerres,des penseurs,des ors,encore des guerres,des invasions(dans tous les sens),des avancées techniques et culturelles,de l'art,de la calligraphie (mais c'est un art aussi),toujours des guerres,des sinisations,du protectionnisme identitaire,des sentiments de honte ayant duré un siècle....et une question subsiste:Comment cette civilisation a réussi à tenir debout durant si longtemps?L'approche historique est probablement insuffisante mais elle apprend qu'il serait peut-être nécessaire d'aller fureter du côté des penseurs.Ce qui fait la force de la Chine c'est la puissance de sa pensée ancrée dans la résolution des problèmes du quotidien.Et là c'est vrai je confesse mon ignorance...combien de penseurs,d'écoles,de vagues différentes ont aidés à façonné les modes de pensée Chinois.De plus les sinologues mettent en exergue la difficulté de traduction du Chinois classique.La même succession d'idéogrammes peut prendre plusieurs sens,parfois très différents.Le mot "Tao" lui-même sous-entend plusieurs connotations:"voie","méthode","doctrine"," parler",ou peut incarner le principe fondamental qui se trouve à l'origine de toute chose.Donc,pour ma part,le "tao" est effectivement une notion floue différemment expliquée suivant les auteurs.Auteurs, dont certains pronent un travail sur soi (d'où l'idée de recueillement si nécessaire à l'accomplissement de cette tâche)
Concernant ,je te cite, ma "vision judéo-chrétienne sincère",je te rappellerai simplement tes propos (cf ton post du 12/09/2007 sur ton blog, par ailleurs très intéressant):
"Leur petite taille(de nos théières) invite à l'intimité, à l'introspection, au connais-toi toi-même socratique!"
ou encore:"Mon affection pour la pratique du gong fu cha tient au fait qu'elle hisse le plaisir, la jouissance, le partage, le désir de faire plaisir - les passions joyeuses nous dirait Spinoza"
ou bien:
"le gong fu cha constitue l'exercice utile à modeler notre base éthique, véhiculée par une "aesthética"."
Tes théières,Lio,seraient-elles aussi pleines que les miennes de philosophie occidentale et de morale judéo-chrétienne?
Ou sont donc passés tes:
"nous devons développer de nouveaux outils adapté au contexte"?
Me concernant,dans quelques années je pense être capable de te citer quelques auteurs Chinois...pour autant ma compréhension du monde chinois sera, sans aucun doute ,très loin d'être complète...

Ceci dit ,ton commentaire,a l'immense intérêt de m'avoir fait visité ton blog en profondeur,et franchement...sacré bon boulot.Sans rancune ni agressivité au plaisir de te lire sur ton blog ou sur le mien Alain

LIO a dit…

@ alain,

merci de ta réponse. Je partage entièrement ce complément!
J'ose espérer que mon commentaire n'a pas été mal pris. J’ai réagis sur les deux points que tu avances, le recueillement et la perfection, que tu ériges, peut-être involontairement, comme des principes cardinaux de la pratique du thé, du tao.

Libre à chacun de vivre et de comprendre sa pratique comme il le veut, le peut.

Mais n'oublions pas que le tao autant que le dharma sont des traditions d'enseignements. J entends par là des traditions qui existe à travers la transmission authentique et vivante d'une sagesse du maître à l'élève. Pourquoi? Pour éviter les errances et les mauvaises compréhensions. Malgré cela, tellement de malentendu continue d'être alimenté ici et là, d'où ma réaction.

Ces voies envisagent une forme d'éveil à ce qui est, chose aussi simple qu'inaccessible. Le retour à une simplicité, une nudité de coeur et d'esprit. La voie authentique est toujours insaisissable, toujours là où on ne l'attend pas. Ainsi, je crois qu'il est important de tordre le coups aux idées reçues.

La notion de recherche de perfection est en complète opposition au message transmis dans le tao ou le dharma. La réduction de la pratique à une relaxation, une détente, une paix est une erreur, même s’il est vrai que la paix et le calme font partie de la voie, en sont des épiphénomènes, non son essence.


En même temps, je suis paradoxalement favorable à ce que chacun s’avance sur des terrains inconnus. J’aime les maladresses et les approximations. Nos propos sont toujours pointus pour l’un et approximatifs pour l'autre… ça nous permet d’avancer ensemble, de s entre aider à voir avec plus de précision. C'est l'idée que recouvre le sangha... la communauté. En général, celui qui se considère bouddhiste fait partie du sangha "officiel". Il a pris un voeux.

Pour ma part, le sangha relève plus du principe universel qui nous dit qu on est jamais aussi intelligent qu'à plusieurs. Donc on ne chemine jamais aussi vite qu'en partageant, qu'en échangeant... ce que l on fait ici.

Comme je le disais dans mon précédent commentaire, vive l'imperfection de ton message pour ce qu'il nous a permis d'échanger.

Quant aux citations de mon propre texte.

Attention de ne pas confondre le désir de développer un discours dans un vocabulaire propre au décorum culturel qui est le nôtre, discours issu de l'étude et de la pratique des traditions d'enseignements précitées, avec l'infusion inconsciente de concepts idéalistes et judéo chrétien. Il y a là une différence de taille. J'espère ne pas être le seul à percevoir la différence....


En somme, vivement le prochain message.

Amicalement

T.alain a dit…

@Lio
Je vois ,Lio,que tu es un sportif et que tu adores les joutes...je te rassures j'aime aussi le sport et il ne me déplait pas de disputer parfois un 400 mètres et...je dois t'avouer que celui-ci m'a particulièrement plu.Alors à très bientôt le plaisir sera pour moi de te lire...

LIO a dit…

Parfait, vive l'émulation!

T.alain a dit…

@Lio peut-être ce serait bien de boire un thé ensemble.....tout en courrant un 400 mètres.

LIO a dit…

C'est sûr! Une nouvelle discipline à inscrire au JO de pékin. Mais bon, la basse-normandie je ne m y rends pas si souvent...

T.alain a dit…

@lio
just a joke .Mais quand même le "400m gong fu cha"...ou le "400m gaïwan" ce serait une bonne proposition pour le fédé d'athlétisme...

Vanessa a dit…

Et bien pour un débutant, je trouve que les ressentis sont déjà bien là. Après oui cela doit être la pratique de ce moment de dégustation, de sérénité. Moi qui débute juste je suis bien loin de retouver tous les aspects, j'ai encore besoin de détails sur les saveurs, les odeurs, voire un apprentissage, des cours, pour démarrer mieux.
Après le plaisir est infinie, même sans les analyses, les papilles en éveil mais pas encore instruites.

Cela va avec un chemin spirituel? Alors c'est bon, je suis sur la voie.